Interview : 5 questions à Angèle David-Guillou

Interview passionnante avec l’artiste française installée à Londres, Angèle David-Guillou, pour évoquer son travail mais aussi ses goûts en matière de musique, cinéma, ou littérature…

Angèle David-Guillou
© Angèle David-Guillou

Depuis combien de temps connait-on Angèle David-Guillou ? Un nom, une artiste découverte avec le groupe Piano Magic à la toute fin des années 90 et que l’on retrouve régulièrement à travers des projets et des albums toujours singuliers, toujours passionnants, à l’image de sa dernière réalisation, A Question of Angles, (Top albums 2020) une œuvre magnifique pour ensemble, avec cordes et saxophones parue sur Village Green Recordings en novembre 2020.

Qui es-tu Angèle David-Guillou ?

Je suis une musicienne et compositrice française qui habite Londres depuis plus de 15 ans maintenant. Depuis une dizaine d’année je compose de la musique essentiellement instrumentale pour une variété d’instruments piano, orgue, cordes et saxophones en particulier. J’ai sorti trois albums et deux EPs sur le label britannique Village Green. Le dernier en date, ‘A Question of Angles’, est sorti en Octobre dernier. J’ai longtemps fait partie du groupe britannique Piano Magic, avec qui j’ai co-écrit un certain nombre de chansons et pour qui j’ai chanté sur disque et sur scène. J’ai aussi sorti deux albums sous le nom de Klima et j’ai fait partie du groupe Ginger Ale en France.
J’ai eu formation musicale double puisque j’ai fait une école de musique classique de l’âge de 5 à 15 ans, et puis j’ai par la suite joué et chanté pour pas mal de groupes et artistes rock/pop. J’ai par ailleurs fait des études en histoire sociale franco-britannique et je n’ai jamais fini une thèse sur les rapports entre les milieux classiques et populaires au 19e siècle en France et en Grande-Bretagne au sein du music-hall.

Quelles sont tes principales sources d’influences ?

Pour ce qui est de la musique c’est très vaste. J’écoute beaucoup de musique ancienne et baroque. Je suis fascinée par le rythme dans la musique ancienne en particulier. J’aime beaucoup Philipp Glass, Arvo Part, Ligeti, Moondog, Gurdjeff, Xenakis, Orff, la liste est longue. Mais je suis aussi une grande fan des Everly Brothers, de Leonard Cohen et un de mes disques préférés est sans doute ‘Transformer’ de Lou Reed. J’aime aussi beaucoup les disques de David Behrman. Et puis il y a le jazz, le blues, j’adore the Art Ensemble of Chicago, Pharaoh Sanders, Muddy Waters, Mingus, etc.
Dans un sens, je trouve que mon travail musical est beaucoup plus directement influencé par le cinéma et les arts visuels en général. Des films comme Hiroshima Mon Amour de Renais ou le Testament d’Orphée de Cocteau ont eu un impact certain sur la manière dont je pense la musique et sa production. Il en va de même pour les découpages de Matisse ou le grattage de Ernst. Je m’intéresse aussi beaucoup à la danse, bien que je m’y connaisse trop peu. J’aime en particulier les chorégraphies d’ensemble, de Gurdjieff à Bejart. A de nombreux égard c’est ainsi que je vois la composition, un travail d’ensemble mais où chacun a une part unique à jouer. Aucune des composantes n’est identique mais l’image d’ensemble semble organiquement ordonnée, mais à la manière de celles que l’on voit à travers un kaléidoscope et que l’on peut changer à tout moment.
Et puis il y a aussi la littérature ! Je suis très sensible aux mots, aux images et à la capacité qu’a la littérature de créer un univers complet à partir d’une feuille de papier. J’aime particulièrement Henry Miller, Conrad, Coetzee, Duras, Baldwin, etc., etc.

Comment composes-tu ta musique ?

Je compose surtout au piano, chez moi et plus récemment dans le studio de mon label. J’ai un piano droit chez moi et un petit home studio fonctionnel avec clavier midi, Logic et Sibelius. J’ai aussi plusieurs guitares, des flutes, une clarinette, des percussions et un Philicorda. J’écris avant tout au piano et puis je réarrange pour d’autres instruments. Souvent je travaille directement sur la partition papier, parfois je passe par le midi, ce qui me permet d’essayer des combinaisons d’orchestrations. Je travaille aussi parfois à partir d’improvisations pures, ou de démos que je chante sur mon portable. Ainsi la partition jouée par la thérémine sur le morceau A Question of Angles est à l’origine une improvisation que j’ai faite en une prise sur un clavier Oberheim (qu’on entend d’ailleurs sur l’enregistrement), et que j’ai retranscrite. Je suis à la fois lente et rapide pour ce qui est du processus d’écriture. Je peux passer des mois sans rien écrire, mais les idées se forment et le moment de la composition peut être extrêmement rapide à partir de ce moment.
Je produis par ailleurs aussi ma musique et pour moi c’est une étape essentielle. L’avantage de la musique écrite c’est que bizarrement elle peut être perpétuellement réinventée et réadapté pour des ensembles ou des lieux différents. Mais pour moi le disque est sacré, et la production fait partie intégrante de la musique que je souhaite donner à écouter. On parle peu de lui mais j’admire énormément le travail que fait Michael Riesman pour les disques de Glass par exemple. Il n’enregistre pas juste Glass, il produit sa musique, place les instruments de manière inhabituelle, accentue certains sons, en éloigne d’autres, rien qui ne dénature le jeu ou le son des instruments pour autant. Au contraire même il nous les rend plus proches, plus intimes, c’est rare ce genre de procédés pour la musique dite classique.

Quelles sont les musiques que tu écoutes en ce moment ?

C’était récemment mon anniversaire et on m’a offert un superbe disque des musiques de films de Resnais, sur ma platine il y a en ce moment un album live de Glass sorti sur Transversales Disques. Je vois aussi un disque de la musique de Juan de Araujo (j’aime particulièrement la musique baroque d’Amérique latine), ‘Dreams’ de Gabor Szabo, l’unique album du groupe psychédélique Gandalf, que je viens tout juste d’acheter, et ‘Music for Airports’ de Eno.

Quel est ton meilleur souvenir en matière de musique, cinéma, littérature ?

Je me souviens parfaitement de la première fois que j’ai vu Andrei Rubliev de Tarkosky sur grand écran. J’avais déjà vu Stalker et Solaris, mais là je me suis pris une nouvelle claque énorme. Je me souviens avoir eu constamment les larmes aux yeux du fait de la beauté des images.
Pour la musique, pas facile du tout. La première fois que j’ai vu Sonic Youth live, au milieu des années 90, m’a beaucoup marquée. J’ai aussi eu la chance d’assister à une représentation complète de ‘Music in Twelve Parts’ de Glass en 2017 au Barbican Centre de Londres, le concert dure environ 4 heures. Absolument incroyable. Pour la littérature, je vais dire le ‘Colosse de Maroussi’ de Henry Miller, un livre magnifique qu’il faut lire et relire. Je l’avais emmené avec moi lors d’un voyage en Grèce. Le livre est tombé dans l’eau alors que je le lisais sur un ponton. Mais incroyablement il n’a pas coulé. Il flottait au contraire sur l’eau avec ses pages ouvertes. J’ai pu le récupérer des eaux et la copie, que j’ai toujours, a donc été bénie par la mer Egée. Je pense que Miller approuverait.

www.angeledavidguillou.com

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