Halftribe – Backwater Revisited

Avec ce quatrième album, Backwater Revisited, Ryan Bissett alias Halftribe esquisse des paysages à la fois déserts et aquatiques avec de longues nappes de synthétiseurs modulaires. Une certaine apologie de la langueur et de l’ennui.

Halftribe

L’ennui n’a plus sa place dans la société contemporaine ou alors quand nous daignons lui laisser encore un peu d’espace, c’est pour n’y voir au mieux qu’une petite mort de l’esprit, au pire, une espèce d’étape intermédiaire entre vie et trépas. Pourquoi l’ennui se révèle-t-il si péjoratif à nos yeux comme le gaspillage d’un temps bien trop précieux ? C’est un peu cela que m’évoque l’écoute des musiques répétitives qui ont un rapport étroit à l’ennui et la monotonie.

Me vient aussi à l’esprit cet échange avec Brendan Perry de Dead Can Dance dans une interview où il analysait notre société occidentale ainsi :

Il n’y a plus de place pour de longues pièces instrumentales car les gens trop pris dans la frénésie de leurs vies ne savent plus apprécier la vertu de l’ennui.

C’est tellement juste et tellement pertinent cette réflexion. Et pourtant, à force de délaisser l’ennui comme un synonyme de la contemplation, on finit par s’en oublier soi-même. Fort heureusement, il reste encore quelques joyaux tel ce Backwater Revisited, second disque des anglais de Halftribe pour rappeler que de la torpeur peut surgir la pleine conscience de soi.

Backwater Revisited et ses longues plages minimales et répétitives se méritent et demandent à être apprivoisés comme toute oeuvre exigeante. A l’image d’un Mark Kozelek qui s’épuise dans de mornes tirades, la musique de Halftribe pousse la note jusqu’au terme du silence.  D’un abord difficile et même parfois glaçant, Backwater Revisited dérange et perturbe pour mieux nous assommer et nous mettre dans un état modifié de conscience. Tuning Out, en ouverture, ranime le malaise ressenti à l’écoute de Rectum, le titre extrait de la B.O d’Irreversible (2002), le film de Gaspard Noé et une musique composée par Thomas Bangalter de Daft Punk.

A l’écoute de Backwater Revisited, on a l’impression de plonger dans un univers aquatique, une espèce de no man’s land, une eau saumâtre et vaseuse. Comme un retour à l’état utérin au sein de la matrice et au milieu du liquide amniotique.

Derrière Halftribe se cache un irlandais du Nord exilé à Manchester, un certain Ryan Bissett mais aussi un excellent label moscovite, Dronarivm dans lequel on ne pourra que vous conseiller d’aller vous plonger.
Malaxant de la matière organique faite de craquements, de chuchotis boisés et de murmures liquides, Halftribe maintient notre attention dans une constante stimulation sensorielle tout au long de ces 13 titres. Un savoureux mélange de désuétude et de frissons, une alchimie savante  et patiente qui s’impose lentement, lentement mais sûrement.

☆☆☆☆

Dronarivm –  19 juillet 2019

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