Daniela Savoldi – Ragnatele

On ne savait rien ou si peu de l’italo-brésilienne Daniela Savoldi. Son 3e disque, Ragnatele, encore centré sur le violoncelle, s’affranchit des codes pour flirter avec la marge, la dissonance et une poésie certaine.

Daniela savoldi Ragnatele

Autant les piano solo se ramassent à la pelle comme des feuilles mortes (sic), parfois inspirés, parfois moins, autant le violoncelle a peu de place dans la musique néo-classique ou contemporaine en instrument soliste. On pourrait bien sûr citer le génial David Darling croisé régulièrement aux côtés du pianiste Ketil Bjornstad (superbe Epigraphs chez ECM en 2000) ou encore de Chris Hooson et de Quentin Sirjacq pour Vallisa (2010), Rappelons-nous aussi de l’islandaise Hildur Guðnadóttir (comme son nom le laisse un peu deviner) remarquée aux côtés de Johann Johannsson ou encore pour la superbe B.O de la série Chernobyl.

La démarche de Daniela Savoldi est à la fois plus radicale et moins volontiers mélodique.  Ne s’estompant jamais totalement dans l’abstraction, elle privilégie un entre-deux un peu douloureux, aisément inconfortable, oscillant entre des drones grinçants et glaçants, une voix distante comme sur Ragnatele qui ressemble finalement à une tarentelle asséchée et neurasthénique.  S’ouvrant parfois à quelque chose de plus expérimental voire noise, Daniela Savoldi n’oublie jamais la grâce, cet Improvviso à la fois nerveux, fébrile et tremblant. Des tapotements fugaces, une palpitation organique.  Une chair à l’os, une pulsion qui hésite entre torpeur, menace et douceur.

Daniela savoldi

Radical, le geste musical de Daniela Savoldi l’est assurément mais jamais délesté d’une belle part de délicatesse. Le jeu de violoncelle de la dame va à l’essentiel, ne s’égarant jamais et profitant d’une concision bien acquise, Storia Di Un Attentato enchantera par son choix des ruptures comme une ligne continue qui se diviserait

Mais là où l’italo-brésilienne se révèle la plus pertinente c’est dans son savant calcul de l’espace et du jeu de la durée d’un son, ce minuscule intervalle que l’on appelle le silence, cette prudente combinaison de notes qui forme un lieu, un abri. Space prouve une fois encore que le silence est la plus harmonieuse des notes, on retrouve dans cette pièce-là l’irradiation ressentie à l’écoute des disques d’Arvo Part, le sommet d’un disque qui s’élève haut, très haut

Ni vraiment post-Rock, ni seulement contemporaine, la musique de la violoncelliste résiste au classement. Elle échafaude des structures qui pourraient sembler fragiles, comme des châteaux de cartes qui fuiraient le vent mais à bien y regarder, en se rapprochant, on se rend vite compte malgré le caractère impalpable des lignes mélodiques d’une cohérence pleine et modeste à l’image de Dada, mi-collage, mi déambulation sans but. En clôture du disque, Modulator propose d’autres voies plus électroniques pour l’auditeur de Daniela Savoldi

Une musique somptueuse, viscéralement savante mais d’une empathie folle.

☆☆☆☆☆

Daniela Savoldi – 7 juin 2019

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